Fév 252009
 
Mon mercredi matin sera consacré à la littérature française. Exercice ô combien difficile auquel sont confrontés les étudiants et les lecteurs étrangers chaque année. Difficile pour au moins trois bonnes raisons.
  • Le niveau de français des étudiants est encore limité lorsqu’ils abordent notre littérature(*),
  • L’ordre chronologique classique ouvre sur le Moyen Âge dont la langue est particulièrement ingrate même pour un Français, [ex. tiré des Essais : Nous cherchons d’autre conditions pour n’entendre l’usage des nôtres et sortons hors de nous pour ne savoir quel il y fait. Montaigne]
  • Les prérequis historiques pour appréhender les auteurs et les courants littéraires sont loin d’être maîtrisés en raison de l’impréparation et de la distance géographique et culturelle qui sépare la Chine de l’Europe. [Comment de Baoding imaginer le Louvre, le Roi, la cour, les salons littéraires, la misère des campagnes… ?]
Comme il est impensable d’attendre la 4ème année pour aborder la littérature, ne serait-ce qu’en raison de la taille du corpus et du souhait de certains élèves de poursuivre des études littéraires en France, il faut trouver des compromis et un équilibre entre la présentation des écoles artistiques, des auteurs, l’explication de texte et la dissertation. Nous sommes bien dans le cadre d’un FLE et non du lycée.

Ce matin j’ai fait la connaissance avec les quelques 4ème année qui ne sont pas en stage (j’y reviendrai) tandis qu’avec les 3e année nous avons abordé la littérature du XVIIe s. par une longue explication de deux fables de Jean de La Fontaine. Tâche facile. Il est plus aisé d’attirer des non-littéraires à cette langue ardue par l’humour des situations, le caractère universel de la Cigale et la Fourmi qu’avec les Pensées de Pascal. D’autant qu’un étranger aura tout intérêt à connaître ces morales devenues proverbes dont nous émaillons nos conversations. Best of (pardon florilège) :
  • Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. (Le Corbeau et le Renard, l, 2)
  • La raison du plus fort est toujours la meilleure. (Le Loup et l’Agneau, l, 10)
  • Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. (Le Loup et l’Agneau, l, 10)
  • Plutôt souffrir que mourir, c’est la devise des hommes. (La Mort et le Bûcheron, l, 16)
  • Je plie et ne romps pas. (Le Chêne et le Roseau, l, 22)
  • On a souvent besoin d’un plus petit que soi. (Le Lion et le Rat, II, 11)
  • La méfiance est mère de la sûreté. (Le Chat et un vieux Rat, III, 18)
  • Petit poisson deviendra grand. (Le Petit Poisson et le Pêcheur, V, 3)
  • Un tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux tu l’auras. (Le Petit Poisson et le Pêcheur, V, 3)
  • Rien ne sert de courir ; il faut partir à point. (Le Lièvre et la Tortue, VI, 10)
  • Aide-toi, le Ciel t’aidera. (Le Chartier embourbé, VI, 18)
  • Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. (Les Animaux malades de la peste, VII, 1)
  • Tel est pris qui croyait prendre. (Le Rat et l’Huître, VIII, 9)
  • Mais les ouvrages les plus courts sont toujours les meilleurs… (Discours à M. le duc de La Rochefoucauld, X, 14)
  • Il ne faut jamais vendre la peau de l’ours / Qu’on ne l’ait mis par terre (L’Ours et les deux Compagnons, V, 20)

(*) L’accès des étudiants à la littérature dans le CECR est prévu au niveau C de la compétence Lire. En B2 seul « un texte littéraire contemporain en prose » est réputé compréhensible.

B2 C1 C2
Je peux lire des articles et des rapports sur des questions contemporaines dans lesquels les auteurs adoptent une attitude particulière ou un certain point de vue. Je peux comprendre un texte littéraire contemporain en prose. Je peux comprendre des textes factuels ou littéraires longs et complexes et en apprécier les différences de style. Je peux comprendre des articles spécialisés et de longues instructions techniques même lorsqu’ils ne sont pas en relation avec mon domaine. Je peux lire sans effort tout type de texte, même abstrait ou complexe quant au fond ou à la forme, par exemple un manuel, un article spécialisé ou une œuvre littéraire.

Pour citer cet article (format MLA) : Traynard, Yves. « Aide-toi, le Ciel t’aidera ». ytraynard.fr 2021 [En ligne]. Page consultée en 2021. <https://www.ytraynard.fr/2009/02/aide-toi-le-ciel-taidera/>

  3 Responses to “Aide-toi, le Ciel t’aidera”

  1. Il y a une faute, le français est effectivement une langue complexe. "Exercice..auquel les étudiants", ou alors "ExerciceS… auxquels".

  2. Si c'était la seule faute de ce blog, j'en serais très heureux, hélas… voir mon billet y a-t-il ?. Puisque vous avez fait l'effort de m'en informer, je la corrige.

  3. Pour ma défense – puisqu'on parle de "faute" s'agissant d'orthographe ou de grammaire – nombreux sont les billets rédigés dans l'inconfort d'une gare routière africaine ou d'un métro parisien, sur un clavier anglais ou sur l'écran d'un assistant personnel dont la taille est aussi ridicule que celui d'un téléphone portable, dans la moiteur d'un soir tropical ou le froid glacial d'un sommet alpin. L'urgence du témoignage a souvent primé sur la qualité de l'écriture. Mais je dois néanmoins avouer que le billet incriminé a été rédigé dans le coquet studio prêté par l'université chinoise et qui plus est sur mon ordinateur personnel. Je confesse également, que mon nouveau statut d'enseignant de ma langue me rend plus exigeant. Mais les mauvaises habitudes à mon âge…

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