Oct 102005
 

Second lundi marathon. Toute la journée, Christophe Jacqmin, directeur d’une association partenaire du développement au Laos(*) depuis 1980 nous expose de manière très concrète les problématiques de gestion associative. Les thématiques financières, RH, communication, relations avec le conseil d’administration me rappellent celles du privé. Selon son mot « professionnalisme et engagement » caractériseraient l’entreprise de type associatif.
La soirée se termine à 21 h avec le dernier volet de Pierre Chalvidan sur les grands enjeux culturels et éthiques de notre époque d’où se dégagent la figure inquiétante d’un Prométhée enchaîné pour avoir dérober le feu de Zeus et les pires calamités qui s’abattirent alors sur les hommes. Il voit dans la réflexion sur les manipulations génétiques non pas une question parmi d’autres à résoudre mais le nœud de la modernité. Pour la première fois l’homme a la possibilité de décider de ce que sera un être humain avant même qu’il ne soit conçu. « Lorsque l’homme s’arroge le pouvoir de dire ce qu’est l’homme et ce qu’il n’est pas on entre dans une logique totalitaire ». Avec la faillite des solutions globales (matérialismes et religions) notre époque « n’a plus de vision cohérente de ce qu’est l’homme et de la condition humaine. »

Retour au terrain. L’avantage d’internet c’est que vous pouvez voir tous les journaux TV, à n’importe quelle heure même sans disposer de télévision ! Et même les revoir pour mieux décrypter l’information. Dans les étapes post-catastrophe que j’essaie de baliser, exercice qui peut paraître bien futile devant la cruauté du drame, c’est désormais le temps de la colère pour les populations du Cachemire.
On découvre qu’à J+3 les secours arrivent péniblement et que les populations désespèrent. Pour beaucoup c’est déjà deux nuits de deuil dans le plus total dénuement. Avec l’angoisse du lendemain. Comment vais-je survivre, sans parents, sans enfants, en ayant perdu brutalement ma maigre fortune ? L’espoir d’une vie meilleure que chacun porte en soi évanoui en quelques instants… Les caméras atteignent petit à petit le cœur de la catastrophe et mettent en avant les miraculés extraits des décombres souvent avec l’aide des équipes de secours internationales. Exercice de style, plutôt facile et racoleur, qui meublera l’actualité encore pendant une semaine. Même si sauver une vie humaine est un geste formidable, que pèsent ces quelques miraculés par rapport aux 30 000 morts (chiffre réévalué de 50% par rapport à la veille) et aux centaines de milliers de sinistrés en état de choc ? Un traitement plus « information » que « spectacle » consisterait par exemple à enquêter auprès des acteurs de l’assistance pour connaître au jour le jour les problèmes qui se posent à eux, comment ils les résolvent, les plans d’action qu’ils envisagent…
Les grandes ONG commencent ce lundi les appels aux dons. Leurs sites parlent surtout d’évaluation des besoins. MSF qui disposait d’une équipe au Cachemire enverra un cargo mardi. En attendant le gros du travail est réalisé par l’armée pakistanaise dont l’assistance n’est, on s’en doute, pas la spécialité. L’ONU devra tôt ou tard se pencher sur la question de la création d’une protection civile internationale. Face à la multiplication des catastrophes, le plus tôt serait le mieux.



(*) Comité de Coopération avec le Laos


Pour citer cet article (format MLA) : Traynard, Yves. « Le temps de la colère ». ytraynard.fr 2021 [En ligne]. Page consultée en 2021. <https://www.ytraynard.fr/2005/10/le-temps-de-la-colere/>

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