Sep 112008
 
On a enjolivé aux gens l’amour des choses qu’ils désirent.
Coran, Sourate 3 Al-Imran. Verset 14.

Vous qui…

  • vous qui imaginez l’Algérie comme le pays des harems et du grand eunuque, des palmiers et des chameaux, des oasis et du désert, de l’Arabe de grande tente et des danses du ventre des Ouled-Naïls,
  • vous qui tenez sûrement d’un ami qui a fait son service dans les zouaves quelques anecdotes croustillantes et quelques jugements définitifs,
  • vous qui confondez dans une même admiration les exploits africains de Bugeaud et ceux de Tartarin,
  • vous qui avez la nostalgie de la smala d’Abd el-Kader, des culottes de zouave et du sultan des Mameluks,

Savez-vous que…

  • L’Algérie de cartes postales que vous imaginez n’a réalité que dans les oasis,
  • L’Algérie s’étend sur 2.200.000 km², soit 4 fois la surface de la France,
  • L’Algérie du Nord où vivent les 9/10e de la population ne représente que le septième de la superficie totale du pays

A votre avis qui a bien pu produire un pamphlet aussi désenchanteur qui mettrait en furie les voyagistes spécialisées sur le Maghreb ?
Ni plus ni moins que les services d’information du gouvernement de notre jeune Ve République en 1961 dans une brochure intitulée sobrement l’Algérie(*). C’est qu’il faut alors préparer fissa les Français à l’indépendance de son immense colonie que de Gaulle dès 1960 était résolu à accorder comme le confirme un entretien avec Pierre Laffont(**). Le « Je vous ai compris » de 58 lancé à Alger n’était sans doute qu’une manœuvre pour gagner du temps(***). Plus question de rêver, retour à la réalité. Et la brochure de marteler à l’intention des Pieds-Noirs :

Savez-vous que…

  • Votre inconscience est en grande partie responsable de la situation actuelle
  • En vous opposant systématiquement depuis des année à tout effort pour améliorer le sort des Musulmans, toutes les fois que vos privilèges pouvaient en pâtir, vous avez rejeté beaucoup de Musulmans vers les solutions de désespoir

(*) Document reproduit partiellement dans L’illusion coloniale, Eric Deroo, Talandier, 2005, p.199
(**) Entretien accordé à Pierre Laffont, député d’Oran, directeur du journal L’Echo d’Oran, le 25 novembre 1960 : « De Gaulle (très en colère). – Enfin, Laffont, ne me dites pas que des hommes comme vous aient pu croire à un moment quelconque que j’étais favorable à l’intégration. Je n’ai jamais prononcé ce mot. Pourquoi ? Parce que je n’y ai jamais cru. On a dit récemment que l’Algérie était la plus française des provinces de France. Plus française que Nice et la Savoie. C’est inepte. Nice et la Savoie sont peuplées de chrétiens, parlent le français, ne se sont pas, à cinq reprises, soulevées contre la France. De tels propos ne peuvent que nous ridiculiser. En réalité, il y a en Algérie une population dont tout nous sépare : l’origine ethnique, la religion, le mode de vie (…) ». J. R. Tournoux, La Tragédie du Général, Ed. Plon-Paris-Match, 1967, pp. 596-597.
(***) « (…) Vous croyez que je pouvais faire du jour au lendemain ce que je voulais ? Il fallait faire évoluer peu à peu les esprits. Où en était l’armée ? Où en était mon gouvernement ? Où en était mon Premier ministre ? (…) », Charles de Gaulle, cité par Alain Peyrefitte in C’était de Gaulle, p. 58.