Mar 152010
 
Il y a des coïncidences étourdissantes. Renseignements pris, l’école maternelle où je dépouillais hier les bulletins de vote des régionales, tire son nom de la rue de Pali-Kao où elle est située, nom qui fut attribué en 1864 en référence à une victoire remportée en Chine, le 21 septembre 1860, par l’armée franco-anglaise(*). C’est une translittération approximative du chinois ba li qiao (八里桥 : bālǐqiáo) qui signifie le pont des 8 lis, le li étant une unité de mesure chinoise chère aux cruciverbistes, qui valait un peu moins de 600 m. La bataille de PalikaoCe pont était le dernier verrou avant Pékin. L’obstacle franchi, l’armée franco-anglaise s’empara de la capitale chinoise et incendia l’ancien Palais d’été dont je visitais les sinistres ruines… à la fin de l’automne. Première coïncidence.
Mais poursuivons. En fouillant un peu, je viens de découvrir qu’une commune algérienne fut baptisée du nom de Palikao durant la colonisation(**). Le territoire de la Ternifine arabe, se trouvait au milieu des terres de l’Emir Abd-El-Kader. L’étrange nom chinois lui fut donné en l’honneur de Charles Cousin-Montauban qui soumit l’Emir en 1846 avant de diriger, pour le compte de la France, l’expédition de Chine qui le conduisit jusqu’au fameux pont pékinois des 8 lis. Sa conduite lui valut, à son retour en France, le titre de Comte de Palikao. Il fut même quelques semaines ministre de la guerre, jusqu’à la chute du second Empire. Deuxième coïncidence troublante donc, car cette ville de Palikao est située à quelques kilomètres de Mascara, patrie de mon meilleur ami qui s’y trouve actuellement !(***)
Mais la bataille de Pali-Kao parle sans doute plus aux fans des Berurier Noir comme le titre d’un album emblématique du rock alternatif français(****). Il ne fut enregistré, ni en Chine, ni en Algérie, mais rue de Pali-Kao dans une usine désaffectée, avant que le quartier ne soit rasé entièrement pour y construire… l’école. Pour fermer la boucle des conjectures, précisons – pied de nez de l’Histoire – que cette maternelle accueille aujourd’hui de nombreux enfants aux racines chinoises et de nos anciennes colonies.

(*) Battle of Palikao, Wikipédia.
(**) Palikao, site pied-noir.
(***) Mascara est aussi la ville natale d’Alain Afflelou.
(****) à écouter sur beruriernoir.fr, le site officiel. Sur l’album, voir Wikipédia.


Pour citer cet article (format MLA) : Traynard, Yves. « Pali-Kao (八里桥之战) ». ytraynard.fr 2021 [En ligne]. Page consultée en 2021. <https://www.ytraynard.fr/2010/03/pali-kao-%e5%85%ab%e9%87%8c%e6%a1%a5%e4%b9%8b%e6%88%98/>

  One Response to “Pali-Kao (八里桥之战)”

  1. Ton quartier est d'une telle richesse et d'un tel brassage culturel qu'il est un voyage à tes pieds !

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