Oct 202008
 

Dimanche dernier, en marge de l’exposition Séraphine, nous avons parcouru incidemment les salles China Gold du musée Maillol(*). Les œuvres de la trentaine de plasticiens vivant en Chine expriment à leur manière les tensions à l’œuvre dans l’Empire du milieu. Les artistes sont à la pointe des techniques de l’art contemporain (numérique, résines synthétiques, vidéos, happening…) et manient habilement la dérision « non frontale » pour déjouer la censure tout en s’assurant pour certains des revenus conséquents. C’est qu’avec 1,3 milliard d’habitants, une classe moyenne en progression et des milliardaires à la pelle l’art chinois est un marché en plein boom. Pour en savoir plus, sur cette exposition qui mériterait de meilleures cimaises, jetez un œil au dossier de presse de l’exposition(**) et à Evene.fr qui consacre un dossier Chine tout à fait intéressant(***).


(*) China Gold, Musée Maillol Fondation Dina Vierny. Paris. Dates : du 18 Juin 2008 au 19 Octobre 2008.
(**) Dossier de presse de l’exposition.
(***) Dossier Cultures chinoises réalisé sous la direction de Thomas Flamerion pour Evene.fr, Août 2008 en 5 volets : Les ouvertures | Littérature et censure | Interview de Yu Hua | Cinéma, Chine et Occident | L’art contemporain chinois


Pour citer cet article (format MLA) : Traynard, Yves. « China Gold ». ytraynard.fr 2021 [En ligne]. Page consultée en 2021. <https://www.ytraynard.fr/2008/10/china-gold/>

  2 Responses to “China Gold”

  1. J’attendais avec impatience tes remarques sur cette visite. Tu restes très factuel, je ne sais donc pas quel a été ton sentiment au sortir de cette expo.
    Pour ma part, je l’ai vu aussi, et je te livre mes remarques :
    1) J’ai été surprise du nombre d’artistes chinois traitant de la censure et de Mao. Ne connaissant pas assez l’art contemporain chinois, je me suis demandé si cet angle était le choix de l’organisateur ou était-ce tout à fait représentatif des thématiques récurrentes des artistes ? Dans le premier cas, sommes nous, les Français, si peu objectifs que nous ne souhaitons voir dans ce pays que ces deux clichés Mao et la censure. Dans le deuxième cas, une culture influence-t-elle à ce point notre quotidien, nos inspirations, notre créativité.
    2) Très grande fan d’art contemporain d’habitude, je dois dire que je n’ai simplement pas été « touchée » par les oeuvres présentées. Disons qu’elles ne m’ont pas « parlé » comme on dit. Et de là cette dernière réflexion : moi qui croyais que l’art était universel et pouvait être un trait d’union au delà des langues et des cultures… finalement, il est possible qu’il soit encore une fois très lié à la culture et qu’il faut avoir un terrain commun de référence pour pouvoir s’y parler…mince alors !

  2. Il est vrai que je ne problématise pas systématiquement mes billets. Ton commentaire stimulant m’invite à creuser. C’est bien, c’est bien ! Concernant l’expo China Gold je l’ai visitée un peu hâtivement, avec des amis, à l’issue de celle de Séraphine de Senlis. Deux expos qui n’ont pas vraiment de points communs ; de plus je suis ni inconditionnel ni même fin connaisseur d’art contemporain, encore moins chinois.

    Il semble effectivement que parler de la Chine n’aille pas de soi, même en matière d’art. J’avais dressé ce constat lors de l’expo Dans la ville chinoise. La difficulté à construire un discours rendait l’exposition quasiment illisible. Je pense que cette difficulté trouve son origine dans :
    – l’attente du public, qui veut voir de la Chine ce que lui en sert les médias, accumuler des « preuves » sans les remettre en question ou élargir le débat,
    – la peur de l’exposant de devoir subir un boycott, soit de la Chine, soit plus étonnant du public français (la parole en France est parfois en liberté surveillée, certaines ONG veillent sur le politiquement correct…),

    De China Gold, Alona Kagan, commissaire de l’exposition précisait « Le but de l’exposition est de donner aux Occidentaux une idée, par le biais de l’art, de l’extraordinaire bouleversement que vit la Chine » (source : Radio86) ce que semble corroborer le dossier de presse. D’où le choix ample d’œuvres figurant des dénonciations, directes ou indirectes, politiques ou sociales. Un parti pris qui laisse dans l’ombre tout autre type de création et d’artiste.

    Quant à la représentativité des artistes exposés, on ne sait sur quels critères s’est déroulée la sélection. Je n’ai pas entendu parler de Comité scientifique mais plutôt d’une Commissaire omnisciente, omnipotente.

    Au final on reste sur les questions qui t’inquiètent : est-ce cela l’art contemporain de Chine que nous promet le A4 remis à l’entrée (« China gold, l’art contemporain chinois ») ? Que représente cet art pour le public chinois, influence-t-il la vie quotidienne, le design ou ne fait-il que s’en nourrir, y-a-t-il un art plus reposant, plus reposé où seulement revendicatif, qu’en est-il du marché, comment se positionnent les différentes métropoles du pays… Ces artistes sont-ils des marginaux ?

    La vigilance (voire le malaise, la suspicion) reste la règle lorsque l’on parle de la Chine.
    On ne se pose pas ces questions pour d’autres pays. Il est à noter que l’exposition s’est déroulée à cheval sur la période des JO. Une période porteuse mais pas forcément propice à une approche sereine.

    Que montrer, quel discours tenir ? Les réalisateurs de documentaire ont cette même question, lancinante. Où je pose ma caméra ? Pour filmer quoi ? Tu es bien placée pour le savoir. Mon touriste aussi. Où je vais passer mes vacances, qu’est-ce que je choisis de visiter ? Où vais-je porter mon regard ?

    L’ennui dans cette exposition c’est sans doute le poids des non-dits. Entre les attentes d’un public, des impératifs commerciaux, des contraintes politiques, une réalité artistique, un marché de l’art… on navigue non pas à vue, mais sans vue.

    A la lecture du catalogue, l’exposition ALORS LA CHINE ? , montée en 2003 au Centre Pompidou semblait plus réfléchie. Pas les même moyens sans doute, ni la même approche.

    Quant à l’art contemporain qu’il ne t’ait pas touché ne m’étonne qu’à moitié. Il me semble qu’effectivement que cet art qui parait finalement militant soit éloigné des canons de l’art occidental moderne voire contemporain, fait de forte abstraction. Par contre côté technique je le trouve en phase avec les techniques à la mode (du pop art jusqu’aux performances corporelles et aux vidéos).

    Malgré tous ces défauts, cette expo apporte néanmoins un point de vue et c’est suffisamment rare pour ne pas saluer cette initiative qui visiblement a remporter un grand succès.

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