Août 142008
 

On sait depuis longtemps que l’aide publique au développement est orientée en grande partie par les considérations géo-stratégiques des bailleurs de fonds. Qu’en est-il des aides privées ?
L’étude NGO aid – well targeted to the needy and deserving?(*) fournit une réponse argumentée. Le constat est sévère. « Sans favoriser les pays les plus pauvres – l’aide ne diminue pas beaucoup avec l’élévation de la richesse par tête des pays – ni les moins démocratiques qui seraient laissés pour compte par l’aide bilatérale, les ONG s’inscrivent largement dans les choix politiques des gouvernements de leur pays d’origine. De plus, elles ont tendance à diriger leurs financements là où vont les plus importantes d’entre elles. Ce qui leur permet de bénéficier du travail de sélection des cadres locaux effectué par leurs prédécesseurs et de s’inscrire dans des projets qui bénéficient de gros budgets.  » résume Alternatives Internationales sur la foi de l’étude(**).
Un exemple parmi d’autres : un Géorgien (au hasard !) touche plus d’aide d’ONG qu’un Malien et trois fois plus qu’un Malgache(***). Bref au lieu de compenser les biais de l’aide publique, les ONG adoptent des comportements suivistes qui semblent au contraire les accentuer !

Plus globalement comment cette aide pourrait répondre correctement au besoin puisque :

  • elle est excessivement émiettée,
  • elle échappe bien souvent à la souveraineté des Etats bénéficiaires,
  • elle se fait selon des critères de proximité historique, d’affect, de relations personnelles,
  • les populations du Sud y sont très mal associées (6% seulement de la gouvernance est originaire du Sud),
  • leurs fonds proviennent en partie de financements publics.

De plus cette aide n’est pas pilotée au niveau mondial et les priorités sont plus celles du cœur que de la raison. Qu’on se souvienne. Fin 2004 on ne savait plus quoi faire de l’argent après le tsunami alors qu’au Darfour on manquait de tout !
Pourtant, au moment où l’aide publique au développement versée par les Etats riches baisse (elle a diminué de 8,4 % en 2007 pour la deuxième année consécutive) une rationalisation serait plus que nécessaire. Elle devrait passer par une définition des priorités de l’aide, une transparence accrue, une meilleure coordination des acteurs (et non une concurrence) et la mise en commun des moyens. Dans ce sens les ONG sont donc pressées d’adhérer aux principes de la Déclaration de 2005 sur l’efficacité de l’aide, comme l’ont fait les agences des pays riches. C’est même un des thèmes au menu de la prochaine Conférence d’Accra(****). Mais le chantier est titanesque selon Helmut Reisen : Realistically, reform must start from outside, as vested interests in agency survival are strong. To make advances in streamlining the current (non-) system, existing circles of institutional patronage need to be broken. This requires a summit-level initiative that goes beyond the level of ministers (who are likely to defend ‘their’ international organisation). The many global tasks confronting world political leaders today – such as poverty reduction, global health, education for all, a clean environment – cannot be solved when yesterday’s institutions duplicate with new players. New approaches to global governance require a more inclusive, representative, and simplified system of multilateral development finance(*****). C’est tout autant une question d’efficacité que de justice.


(*) NGO aid – well targeted to the needy and deserving? , Axel Dreher, Dirk-Jan Koch, Peter Nunnenkamp, Rainer Thiele, 20 May 2008. Vox. How do NGOs spend their development assistance? This column discusses research showing that NGO aid is no better targeted to the neediest countries than state aid agencies either by choosing needier countries, or by entering un-chartered waters and trying to excel where state aid is most likely to fail.
(** )
Alternatives Economiques – n°271 – Juillet 2008.
(***) Chiffres 2005, source OCDE. Development 2008: Whose Ownership?”, a publication of the OECD Development Centre. Executive Summary du rapport This booklet provides an overview of the “Financing
(****) Third High Level Forum on Aid Effectiveness, Accra, septembre 2008 dans le cadre de la Conférence de Paris sur l’efficacité de l’aide.
Paris Declaration (2005) The Paris Declaration on Aid Effectiveness expresses the international community’s consensus on the direction for reforming aid delivery and management to achieve improved effectiveness and results.
Principles. The Paris Declaration is grounded on five mutually reinforcing principles:

  • Ownership: Partner countries exercise effective leadership over their development policies and strategies, and coordinate development actions.
  • Alignment: Donors base their overall support on partner countries’ national development strategies, institutions, and procedures.
  • Harmonization: Donors’ actions are more harmonized, transparent, and collectively effective.
  • Managing for results: Managing resources and improving decision making for development results.
  • Mutual accountability: Donors and partners are accountable for development results.

(*****) En route to Accra: The global development finance non-system. Helmut Reisen, 13 August 2008. Vox. Many development organisations are working on the Millennium Development Goals, but will any of them be held accountable when the targets are not met? This column introduces the importance of mapping the “global development finance non-system” in order to identify agencies’ overlap, activity duplication, and mission creep. International reform will be mammoth task.


Pour citer cet article (format MLA) : Traynard, Yves. « L’aide au développement vers plus de justice et d’efficacité ». ytraynard.fr 2021 [En ligne]. Page consultée en 2021. <https://www.ytraynard.fr/2008/08/laide-au-developpement-vers-plus-de-justice-et-defficacite/>

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