Août 152008
 
Devinette : à quel âge moyen se marient les femmes en Algérie ?
16 ans, 18 ans, 23 ans, 25 ans ?…

Alger, Front de mer (c) Yves Traynard 2008

Vous êtes probablement loin du compte. En 2002, la bonne réponse était 30 ans pour les femmes et 33 ans pour les hommes. De quoi tordre le coup aux préjugés tenaces sur le mariage précoce ! Figurez-vous qu’à la même date les réponses pour la France étaient respectivement de 28 ans et de 30 ans(*). Ces données sont tirées d’Avoir 30 ans et être encore célibataire, une riche étude de Zahia Ouadah-Bedidi(**). « Le Maghreb est actuellement la région d’Afrique où l’âge au mariage est le plus tardif«  indique la chercheuse à l’INED en citant les chiffres du mariage féminin en Tunisie (28 ans, en 1999) et au Maroc (26 ans, en 1995). Pour l’Algérie c’est une véritable révolution qui s’est opérée à partir du milieu des années 60. Alors qu’en 1911 une femme sur deux âgées de 17 ans était déjà mariée, aujourd’hui une femme sur trois et un homme sur deux sont encore célibataires à 30-34 ans. Comment expliquer ce retard spectaculaire de l’âge au premier mariage ? Si l’urbanisation ne semble pas un facteur déterminant (les comportements nuptiaux ruraux se rapprochant de plus en plus de ceux des citadins), c’est l’instruction des filles qui en serait la principale cause identifiable nous indique la chercheuse. Les militant(e)s de l’émancipation féminine ne devraient pas se réjouir trop vite car ce célibat hélas est plus imposé que choisi. La prévalence élevée du chômage ne permet pas de payer les lourdes charges nuptiales et la crise du logement ne fait qu’aggraver la situation. On imagine les tensions qui pèsent sur une jeunesse dans une société où le mariage reste une institution et tout rapport hors mariage périlleux. Ces bouleversements démographiques ont certainement des impacts sur les normes et les mœurs amoureuses, la natalité, la législation(***), l’emploi voire la pratique religieuse qui mériteraient volontiers d’autres passionnantes études sociologiques… pour aider à voir le monde tel qu’il est.

(*) Nombre de mariages, de divorces, proportion de premiers mariages et âge moyen au mariage, Insee.
(**) Avoir 30 ans et être encore célibataire : une catégorie émergente en Algérie, Revue Autrepart n° 34 (La Tour d’Aigues, France), publié en 2005, pp. 29-50.
Résumé : Dans la société algérienne, le mariage est traditionnellement considéré comme une étape incontournable de la vie d’un individu. Il y a seulement une trentaine d’années, les femmes se mariaient en moyenne à18 ans et les hommes à 23 ans. Aujourd’hui, le mariage précoce reste exceptionnel et le mariage très tardif devient presque la norme. En 2002, les femmes et les hommes se marient en moyenne après 30 ans ; une femme sur trois et un homme sur deux sont encore célibataires à 30-34 ans. C’est un phénomène qui touche aussi bien les grandes villes que les campagnes sur l’ensemble du territoire. Cette montée spectaculaire du célibat est associée d’une part à des facteurs de modernisation, comme l’instruction, et à des facteurs de crise et de pauvreté comme le chômage et la pénurie de logement, et d’autre part, à l’évolution des mentalités et à la perception même du mariage et de la place des individus et de la femme dans le couple, la famille et la société.
(***) L’âge légal du mariage en Algérie est fixé à 19 ans pour les hommes et les femmes depuis 2005.