Juil 212008
 

Que penser de cette nouvelle forme de tourisme aux apparences si généreuses qui se qualifie d’humanitaire ? Doit-on encourager ce type d’action ? On en doute à l’issue du reportage de France 2(*) qui présente trois exemples de missions proposées par l’association spécialisée Planète Urgence(**).
Le cas de Pierre parti dans un parc national recenser les espèces animales masque mal le safari. On s’explique difficilement que l’on ne trouve pas de Béninois pour effectuer cette mission à un tarif plus raisonnable et à moindre empreinte écologique justement (un Paris-Cotonou ça pollue !). Du reste on apprend au cours du reportage que beaucoup d’entreprises rechignent à co-financer ces expéditions « humanitaires » de leurs employés à l’intérêt douteux. On les comprend.
Plus éloquent le cas de Delphine et Soizic parties ensemble enseigner le français au Bénin. Sont-elles enseignantes ? Pas le moins du monde ! Ont-elles des pré-requis pédagogiques, non plus ! Et ça se voit. Et on se demande à l’issue ce qu’elles ont bien pu transmettre en deux semaines sur place si ce n’est l’usage des lunettes de soleil et l’incapacité à répartir équitablement un stock de livres.
L’argent public (via les crédits d’impôt octroyés aux particuliers et aux entreprises) ferait mieux d’alimenter les caisses de l’Aide publique au développement (en diminution) pour financer de vrais projets de développement durable au Bénin plutôt que des vacances à bon compte. Avec l’argent de ces voyages (plus de deux mille euros) on aurait pu imaginer des projets de soutien pédagogique pour les enseignants, une formation du personnel des parcs par un zoologue confirmé si nécessaire. Mais de grâce pas d’amateurisme. Le fait d’être Blanc, riche et plein de bonnes intentions n’autorise en rien à s’improviser sauveur de l’humanité. L’affaire de l’Arche de Zoé n’a visiblement pas servi de leçon. Et si nos touristes veulent aider le pays visité qu’ils soient d’abord plus exigeants auprès de leurs agences de voyage tant dans l’utilisation de l’argent que dans le contenu des visites (plus de socio-économie moins de folklore).


(*) Des vacances pas comme les autres. Un reportage de Jérémie Drieu et Zidene Berkous. Jeudi 10 juillet. A retrouver en intégralité sur le site de France 2.
Ils en avaient assez des voyages organisés et de la plage. Ils ont tenté l’aventure du “tourisme solidaire”, une nouvelle façon de voyager qui combine découverte et solidarité. Pendant leurs vacances, de plus en plus de Français partent en mission humanitaire à l’autre bout du monde pour ne plus bronzer idiot. Nous en avons suivi plusieurs en Afrique, au Bénin, afin de comprendre leurs motivations. Delphine et Soizic ont passé deux semaines dans la brousse pour enseigner le Français à des gamins de six ans. Pierre a sillonné un parc national pour recenser lions, éléphants, hippopotames et lutter contre le braconnage. Paul, lui, a formé des adultes à l’informatique dans un cyber-café. Sont-ils satisfaits de cette expérience hors du commun ? Et ont-ils apporté sur place une aide vraiment efficace ?
(**) Le site de Planète Urgence. Ils ne sont pas les seuls sur ce créneau. Projects Abroad a même pour slogan : Aidez, même sans qualification, en Asie, Afrique, Amérique latine !


Pour citer cet article (format MLA) : Traynard, Yves. « Tourisme humanitaire ? ». ytraynard.fr 2021 [En ligne]. Page consultée en 2021. <https://www.ytraynard.fr/2008/07/tourisme-humanitaire/>

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