Juin 192009
 
J’avais prévu de retourner à Tianjin pour passer le week-end mais mon projet fut contrarié par des invitations que je ne voulais en aucun cas refuser samedi. C’est sans enthousiasme que j’ai pris malgré tout le train jusqu’à Pékin ce vendredi matin pour ne pas renoncer à mon billet acheté la veille un peu inconsidérément(*). Sans programme précis, mes pas peu alertes dans la chaleur moite de l’été m’ont porté à Sanlitun (三里屯) quartier fameux – among the expat community – que j’avais plutôt évité jusqu’à présent. A raison.
Il n’y a là rien de bien fameux, sauf à être en manque d’une pizza, d’un muffin Starbuck, d’un steak Mac Do ou d’un menu considéré exotique sous ces latitudes, c’est à dire français, arabe, turc, voire iranien. A vue de nez, on pourrait estimer, au bas mot, à la moitié la part des étrangers dans la clientèle des bars, restaurants, magasins de ce quartier d’ambassades. Cosmopolite donc, même très cosmopolite. Toute l’Asie y croise mais Occidentaux et Africains. On peut y tester les derniers modèles Apple dans un showroom spacieux, acheter un narghilé, faire du lèche-vitrine dans les plus grandes enseignes, avant de se rabattre comme tout le monde, sur les contrefaçons proposées sur cinq étages chez Ya Show. Il faut bien contenter les proches restés au pays sans se ruiner. Dans les allées de ce centre commercial on vous aborde sans ménagement en anglais. On a même prévu manucure, massage des pieds pour faire couleur locale et créer une ambiance propice aux achats.
Il faut trouver ailleurs l’intérêt d’une découverte de ce quartier. Peut-être dans le choix étonnant de son nouveau slogan « The Village at Sanlitun« (**).

Pékin, Sanlitun (c) Yves Traynard 2009

Le concept lui-même de « village » qui y est développé, à ma connaissance, n’a que peu de résonance pour un Chinois moyen compte tenu de la césure ville-campagne. Le village en Chine est plutôt synonyme de sous-développement, de pauvreté, à l’opposé de la vision touristique qui lui est associée pour la clientèle des pays du Nord, à qui est destiné ce « village ». D’ailleurs les traces de ce village-là on les cherche désespérément derrière l’accroche marketing. On trouve la même « fontaine » de village à Singapour, à Tel-Aviv et à la Défense, le ciment et le verre sont partout, les parasols et tables me font plutôt penser aux terrasses de nos villes. Même en oubliant le décor, l’esprit du chic, du cher, de la mode, de la technologie, n’est pas vraiment associé à l’imaginaire du village. Dommage que ce concept n’ait pas été creusé de manière plus originale et plus locale. Le souci de vraisemblance ne semble pas avoir guidé ce choix, sans doute a-t-on voulu évoquer, l’entre-soi, le rendez-vous des gens qui se (re-)connaissent et faire un clin d’œil aux quartiers populaires de la ville, ces hutongs, dont il reste quelques vestiges dans la partie sud de la rue.

Chose incroyable pour un village, avec les sculptures de la plasticienne hongkongaise Dorophy Tang on y trouve même de l’art contemporain. Traitement pour le coup intéressant de motifs anciens, moulés dans des résines synthétiques. On a vite fait de trouver allégories et métaphores avec le monde contemporain.

Pékin, Sanlitun, Sculptures de Dorophy Tang (c) Yves Traynard 2009

En rentrant, ma voisine de métro était absorbée dans une traduction chinoise du best-seller d’Alan Lakein, « How to Get Control of Your Time and Your Life« . S’il y a village il semble bien qu’il soit devenu planétaire(***).

(*) Le Baoding-Tianjin de 8h39 fait étape à Beijing-Ouest.
(**) The Village at Sanlitun.
(***) Alan Lakein, How to Get Control of Your Time and Your Life, New American Library, New York, 1973.