Nov 062007
 
Paris, Photoquai (c) Yves Traynard 2007
Paris, Photoquai (c) Yves Traynard 2007

Paris, Photoquai (c) Yves Traynard 2007

Pour des images moins exotiques que les couvertures de nos magazines présentées hier, foncez à Photoquai(*), 1ère biennale des images du monde, qui donne (enfin) la parole à des photographes du Sud. Images de Chine, d’Iran, du Brésil, de Syrie, de RDC… ni misérabilisme, ni esthétisme sans fond mais un regard de l’intérieur, une autre couverture du monde. Pour plus de détails sur l’esprit de cette biennale voir mon billet Photoquai, une raison d’espérer de septembre.

(*) Le site de photoquai pour connaître tous les lieux qui hébergent cet évènement tout ce mois de novembre. Un diaporama par La Croix.com.


Parmi les photographes qui ont retenu mon regard :
Manit Sriwanichpoom, Site du photographe thaïlandais.
Cet artiste est un activiste qui, depuis vingt ans, se bat – et il le documente – pour qu’existe enfin à Bangkok un Musée d’art contemporain. Il a réalisé des séries historiques, dans l’urgence qui caractérise sa façon de faire, en réinterprétant les icônes du photojournalisme, et en adjoignant aux réfugiés les sacs des marques de luxe qui envahissent son pays pour le plus grand bonheur des nantis. Depuis quinze ans, il a développé une critique de la consommation et du tourisme en mettant en scène, avec un humour ravageur, un personnage baptisé « Pink Man ». Celui-ci, dans son costume flashy, toujours accessoirisé d’un Caddie rose et du téléphone portable qui va avec, est un révélateur sans compromission de l’état du monde, de la consommation des temples en Indonésie (après les attentats terroristes) à la vision conventionnelle que ses contemporains peuvent avoir d’un Paris partagé entre baguette et béret, pour se conclure dans un « déjeuner sur l’herbe » d’aujourd’hui.
Erica Lord Site de l’artiste.
My culture and idea of home is tied to Alaska, and I think it is these origins—a lineage that I was born into, and a land I was removed from, my cultural limbo and precarious balances—these have molded my identity and fueled my art. Because of circumstance or chance, I became an emigrant to my home, and in some respects to my culture. It is through art or ritual that I discover ways to find a root and affirm my position as a shifting self, understanding that in order to survive, identity and culture cannot be static. In order to sustain a genuine self, I create a world in which I shift to become one or all of my multiple visions of self. Considering the history of “identity art,” I want to explore the next wave of cultural examination, an evolution of new ways to demonstrate cultural identity beyond the polar ideas that exist in a solely black/white diaspora. I want to challenge ideas of cultural purity as well as discuss ideas of attraction, repulsion, exoticism, and gender or feminist notions. Through art and media, the cultural shapers of this generation, it is time for us to self-determine, to control our representation, and to address modernity, the merging of blood, and the myth of an authentic culture. I want to raise questions as well as declare convictions; challenge, deconstruct, and influence a new way of thinking about contemporary Native people, our life, and our art.
Soavina Ramaroson, Pas de site du photographe thaïlandais.
Le jeune architecte malgache Saovina Ramaroson est un photographe du temps libre. C’est au cours d’une enquête urbaiane dans sa ville natale en 2005, qu’il découvre une passion pour la photographie. Il aime construire ses images comme une histoire. A Antananarivo, il cherche à comprendre la vie des quartiers populaires. Y entrer est toujours difficile ; comme dans toutes les « banlieues » du monde, ces quartiers sont des lieux privés, on ne s’y promène pas non accompagné, il n’y a rien à voir. Un groupe de joueurs de rugby d’un club sportif, qui s’est investi d’une mission d’ordre public, finit par se lier d’amitié avec le photographe, et se prête au jeu de la prise de vue.
Chryssa Panoussiadou (Grèce), mode musulmane en Turquie.
En mars dernier, il s’est passé quelque chose d’étrange sur les podiums du monde entier. Les stylistes ont choisi de fêter l’arrivée de l’hiver d’une façon inattendue : tricots épais portés les uns par-dessus les autres, chapeaux en lainage et immenses écharpes tricotées ont marqué la fin de cette quasi-nudité vulgaire à laquelle nous avions été habitués ces derniers temps. Nombreux sont ceux qui ont parlé d’islamisation de la mode – d’une mode recouverte. Mais s’il ne s’agit là que d’une tendance parmi d’autres pour les stylistes ; en Turquie, c’est une mission. « Je voudrais que Tekbir devienne le numéro un dans le monde, je veux que toutes les femmes se couvrent largement », déclare Mustafa Karaduman, le directeur général de Tekbir Clothing, une marque destinée aux musulmanes pratiquantes des classes moyennes. Tekbir leur offre tout ce qu’elles peuvent désirer : des robes de mariage aux tenues de tennis, toutes confectionnées selon les « commandements du Coran », c’est-à-dire couvrant la tête, les bras et les chevilles. Même le nom « Tekbir » rend hommage à la sagesse d’Allah, puisque cela signifie « Dieu est grand ». Tekbir vend déjà trente mille foulards par mois rien qu’en Turquie, et, dans son genre, il s’agit d’une des entreprises de mode les plus florissantes dans un pays qui est le troisième exportateur en Europe, et le dixième dans le monde, dans le secteur du tissu et de la mode. Nurhan Bingol, le propriétaire de Kardelen, un salon de beauté dans le quartier religieux de Fatih, à Istanbul, compte bien également tirer profit du rôle croissant joué par les musulmanes des classes moyennes. Kardelen se spécialise dans la création de foulards. Bingol explique que, de même que les femmes vont chez le coiffeur pour changer de style, « elles viennent ici afin que leur foulard soit apprêté pour des rendez-vous, leur mariage, une soirée ». Cela prend en tout vingt minutes et coûte environ cinq livres, ou vingt livres pour un travail plus élaboré. Ce salon est réservé aux femmes. Il est soudain devenu très tendance d’être croyant et pratiquant, et, partout en Turquie, de nombreuses stations balnéaires où l’alcool est banni ont pris pour cible les familles musulmanes. Mustafa Sahin a résolu le problème du maillot de bain pour musulmanes. Il possède Hasema Swims
uits, une marque devenue synonyme de « maillot de bain islamique ». Constitués d’un pantalon en lycra et d’un haut à capuche, les Hasemas sont ce que les musulmanes vont porter dans les stations balnéaires pour croyants qui ont poussé ici et là dans les lieux touristiques en vogue, comme Fetiye ou Antalya. Avec des ventes annuelles de cinquante mille pièces et des exportations qui atteignent le double au Moyen-Orient, en Europe et aux États-Unis, Sahin sait à l’évidence ce que veulent les femmes : bien que les Hasemas recouvrent la totalité du corps, ils permettent d’obtenir un bronzage uniforme.
Zeng Han et Yang Changhong (Chine)
La série « Cosplay » est venue d’une autre direction, plus ouverte. Réalisée avec des adolescents de Shenzen, une ville en plein développement, elle a pour but d’étudier comment la société, la culture, l’environnement et la politique nous influencent et exercent leur contrôle sur nous, et quelle est la relation qui unit des individus à leur esprit. « Cosplay », pour « Costume play », pièce à costumes, représente des fans de bande dessinée qui se déguisent en personnages de mangas. En confectionnant eux-mêmes leurs costumes et en jouant ces rôles, ils cessent d’être des garçons ou des filles ordinaires et se transforment en super héros, ou en démons. Au moyen de signes spirituels ou culturels très visibles, ils pénètrent librement un monde parallèle et imaginaire. En fait, dès qu’ils se trouvent devant l’appareil photo, ils ont déjà réalisé une partie de leur rêve.
Luo Dan (Chine)
J’ai toujours adoré prendre des photos sur la route, non pas dans l’espoir de montrer la véritable réalité du monde, mais afin de découvrir quelque chose de nouveau au coeur de cette réalité, et de confirmer un pressentiment profond.