Tourisme du Réel

 
L’imaginaire déchoit-il ou se renforce-t-il quand il se confronte au réel ?
Le réel n’aurait-il point lui-même sa grande saveur et sa joie ?

Victor Segalen(*).

Découvrir le monde, rencontrer l’Autre, retrouver l’authenticité… Ces formules abondent dans les brochures de nos agences de voyage comme elles parcourent les lèvres des routards chevronnés. Mais, passées ces déclarations enflammées, que découvrons-nous au juste du monde lorsque nous le parcourons lors de nos escapades futiles ?
Cette interrogation demeure la question centrale de ce blog. Une question qui m’anime depuis mes premiers voyages et qui s’est subitement trouvée d’actualité lorsque, rédacteur de guide, il m’a fallu orienter les pas d’autres voyageurs. Ma récente et tardive formation universitaire, mes séjours prolongés à l’étranger m’ont permis d’envisager des réponses. Un constat : quoi que l’on proclame, en individuel ou en groupe, en France ou à l’étranger, nos centres d’intérêt sont tournés principalement vers le passé : les monuments, les musées, l’artisanat, les traditions… Il semble que l’hédonisme s’accommode mal des réalités du monde. Dans ce tourisme-là, des sociétés que nous côtoyons, qu’apprenons-nous vraiment ? Des profondes mutations qu’elles vivent que savons-nous ? Modes de vie, logement, religion, administration, économie, famille, mobilités et mixités sociales, développement… Rien, si peu ou pire des clichés teintés d’un folklore daté qui se trouvent légitimés par le voyage. Curieusement touristes et hôtes participent de cette mise en scène. Alors me direz-vous, après tout est-ce grave si tout le monde y trouve son compte ?
A l’heure où le monde rétrécit, où l’interdépendance des économies est de plus en plus forte, nos choix ne concernent plus seulement notre périmètre hexagonal voire européen mais l’ensemble du monde. Pensons à la consommation, au réchauffement climatique, aux flux migratoires, aux épidémies, à la faim, au développement, aux délocalisations, à la pauvreté, à la stabilité internationale, à la finance, autant d’enjeux pour lesquels nous sommes mal préparés lorsqu’on nous somme d’agir ou de nous taire. La complexité croissante de nos modèles, et leur transformation permanente s’accordent mal de théories prêts-à-porter. C’est pour ces raisons qu’il me paraît utile de faire du voyage une opportunité pour comprendre notre monde contemporain. Connaître pour mieux penser et agir, telle serait la devise de cette curiosité nouvelle de voyageur ; donner un sens à la « rencontre des peuples » cette accroche marketing trop souvent vide de sens.
Qu’on ne s’y trompe pas. Mon but n’est pas de substituer un tourisme du passé par un du présent qui se voudrait la vérité du voyage, mais d’agir en complémentarité, pour un enrichissement des centres d’intérêt touristiques. Levons tout de suite un autre malentendu. Il n’est pas question, comme l’ambitionne le tourisme-réalité, de n’aller voir que ce qui va mal ou d’agir à tout prix comme le propose le tourisme humanitaire. S’intéresser à quoi, comment, avec qui, où, tels sont quelques-uns des termes de l’enquête que je mène depuis 2007. Du parcours qui m’a conduit de salons de voyageurs en offices de tourisme, de Bali au Mozambique, de Saint-Etienne à la Chine, de Turquie à la Grèce, j’ai réuni les billets sur ce thème sous le titre Tourisme du Réel, dans l’espoir un jour prochain d’en tirer un livre. Bon voyage !


(*) Victor Segalen, L’équipée, Voyage au pays du réel, ch. 1. Plus précisément : « L’imaginaire déchoit-il ou se renforce [sic] quand il se confronte au réel ? Le réel n’aurait-il point lui-même sa grande saveur et sa joie ? »

Pour citer cet article (format MLA) : Traynard, Yves. « Tourisme du Réel ». ytraynard.fr 2017 [En ligne]. Page consultée en 2017. <http://www.ytraynard.fr/travaux/tourisme-du-reel/>