Déc 032008
 
Je parlais hier de prospective. La prospective a ses limites qui tiennent à l’horizon de la prévision. Pourtant Ian Yeoman, professeur associé à l’Université de Victoria en Nouvelle-Zélande et à l’Université d’Édimbourg en Écosse, n’hésite pas à projeter le tourisme en 2030 bien au-delà des prévisions de l’OMT qui se limite à 2020(*). En faisant le pari de la prospérité économique et de sa corrélation à la propension à voyager, l’universitaire a malgré tout tenté l’exercice à partir des données de Mintel, de l’Organisation mondiale du tourisme et d’Oxford Forecasting. Le futurologue spécialisé en tourisme décrit comment se répartira le gâteau des 1,9 milliard de touristes en 2030(**).

Conclusion du chapitre 4 : What Will the Tourist Be Doing in 2030? :

« Tomorrow’s tourists lead complicated lives and have a fluid identity. On one hand they desire eco-stress-free experiences but at the same time they play the tables at Las Vegas. New experiences, luxury, culture and authenticity are some of the trends that will shape the future of world tourism. The tourist wants to sample the ethnicity of the destination, increasingly interests in culture, food and sport are shaping the way people approach their choice of holiday. As a society, our leisure time and disposable wealth are increasing and are primary catalysts within a growing tourism industry. However, the consumers’ perception is one of blurring between increasing stress at work and a desire to rejuvenate through experience. In contrast, consumers have a wealth of choice, which means that they search for value for money. The challenge for destinations will be how to offer a heterogeneous product when tourism is becoming homogeneous. »

Bref, un océan de contradictions à résoudre pour l’industrie du tourisme transformée en thérapie de l’homme moderne. Et quant à ceux qui ne sont pas modernes ?

Le chapitre 12 : The Authentic Tourist: A Journey Through Africa in 2030 est particulièrement éclairant. Se basant sur les initiatives du tourisme alternatif, l’auteur prévoit que les destinations qui marcheront seront celles qui se démarqueront par l’authenticité. Pas un mot sur ce qu’en pensent les populations locales. Pourvu qu’elles soient encore pauvres en 2030 et n’accèdent surtout pas à la modernité. Le seul point de vue qui compte est celui du touriste. Les Français devront-ils, pour maintenir leur part de marché qui va fondre(***), ressortir le béret, la baguette, le litre de rouge, les fiacres, restaurer la royauté, aiguiser la guillotine, cacher toutes les têtes pas suffisamment blondes ou trop crépues, rouvrir la Cour des miracles ?

Sans illusion sur le tourisme responsable, Ian Yeoman conclue dans un autre document So, basically the tourist may say they are concerned about the environment or ethical living but it doesn’t translate into practice. Ethical consumption is not a key driver amongst the vast majority of tourists – only a small minority(****).


(*) Le site Tomorrow’s Tourist de l’auteur contient de larges extraits de son livre : Ian Yeoman, Tomorrow’s Tourist: Scenarios & Trends, Volume 16 (Advances in Tourism Research), Butterworth-Heinemann, 2008.
(**) On se reportera à l’analyse de Veille tourisme Canada.
(***) En 2030 la France avec 102 millions d’arrivées de touristes internationaux cèderait sa première place à la Chine (167 millions) et se trouverait reléguée au troisième rang derrière les États-Unis.
(****) Ian Yeoman,Why the tourist doesn’t really care about ethical consumption – all they want is a low price and convenience