Oct 222005
 

Beyrouth, Tombe Hariri - (c) Yves TRAYNARD 2005Dans son édition datée de ce samedi Le Monde titre Un complot syro-libanais a préparé l’assassinat d’Hariri. Même si on se doute depuis le début de cette affaire et sans attendre la publication du rapport Mehlis qu’une collusion d’intérêts de certaines parties syro-libanaises a abouti à l’assassinat de l’ex-premier ministre libanais il reste encore beaucoup à faire pour déterminer quelles instances ont pris une telle décision et pour quels motifs.
Du reste l’affaire est loin d’être jugée, Detlev Mehlis indique lui-même que cette procédure prendra des années. Je déplore qu’un quotidien français qui se vante de son indépendance n’ait pas exercé dans ce numéro 18893 le moindre esprit critique et participe à ce que j’appelerai par opposition le complot franco-américain.

Car il est pour le moins étonnant que les deux parrains de ce rapport, la France et les Etats-Unis qui se sont étripés sur la question de l’Irak, soient subitement copains comme cochons devant l’ONU. Difficile, sauf à être aveugle, de ne pas voir depuis la résolution 1559 les stratégies qui les animent et comprendre que ce rapport va être instrumentalisé d’un côté par la France, pour essayer de retrouver une influence chère à Chirac au Liban, et de l’autre par les Etats-Unis dans le but d’affaiblir la Syrie et ainsi avoir les mains libres en Irak et traiter à huis-clos avec Israël la question palestinienne.

De telles stratégies font fort peu de cas des Syriens qui n’ont nullement tenu le glaive qui a frappé Hariri. Une société civile certes timide commençait à émerger qui laissait espérer en donnant du temps au temps une libéralisation du régime sans effusion de sang et sans bouleversement économique majeur. La pression internationale risque de rompre l’équilibre hautement fragile du pouvoir en Syrie. La vieille garde, qui est directement visée par le rapport, n’a nulle intention de se retrouver traînée en justice à La Hayes. Elle a tout intérêt pendant qu’il est temps à renverser les réformateurs pour se protéger. En cas de coup d’Etat, la timide ouverture syrienne aura fait long feu, le pays se retrouvera au ban des nations, isolé, à la grande satisfaction des Etats-Unis. Les Syriens qui ont avancé à visage découvert paieront sans doute cher leur timide émancipation tant sur le plan des libertés que sur le plan économique. A peine le rapport publié on évoque d’ailleurs des sanctions internationales.
Un scénario plus optimiste voudrait que l’équilibre des forces à Damas soit favorable aux réformateurs, que tout cela ait été pesé par les stratèges du Pentagone pour faire la peau aux durs du régime. Je crains fort hélas que la politique du coup de pied dans la fourmilière, on l’a vue à l’œuvre en Irak, soit la seule stratégie connue de Washington.

Fortement agacé par de tels cynismes, inquiet pour mes amis syriens, je me consacre au rangement sans trouver le repos après ces semaines pourtant chargées. J’en profite pour mettre en ligne les supports de formation sur notre e-group. Je glisse mes notes prises en cours grâce au bel Acer offert par mes collègues Generali. Enfin, en bon trésorier, je publie sur ce même e-group le bilan financier de notre séminaire Drôme en rappelant à chacun qu’il faudra encore cotiser pour le bus.